Mon journalMatthieu

Apprenti Européen

Tailleur de pierre

De Bordeaux, France

Étudie à , Croatie

Matthieu se forme au métier de tailleur de pierre chez Les Compagnons du Devoir. Il a pour objectif de se perfectionner, notamment en sculpture sur pierre, au sein du centre de formation professionnelle Klesarska Skola en Croatie.

mercredi 24 janvier 2018

Matthieu, apprenti tailleur de pierre - Impressions après 4 mois en Croatie

"J’effectue ma 3ème  année de Tour de France en Croatie, précisément sur l’île de Brač, un petit coin de paradis face à la ville de Split ancrée dans la mer adriatique. J’étudie actuellement la sculpture à la Kesarska Skola à Pučisća, un village insulaire typique de la Dalmatie (région sud de la Croatie). Je suis sur les tasseaux de l’école jusqu’à Noël, avant de rejoindre en janvier une entreprise familiale et d’artistes sur cette même île jusqu’en juillet 2018. Le fils du patron est un grand sculpteur qui a étudié aux beaux-arts de Paris et sa fille une jeune peintre et professeure à l’académie des arts de Split. La femme de mon futur patron est créatrice de bijoux en pierre semi-précieuses et précieuses. L’entreprise réalise différents types d’ouvrages en pierre de Brač (un calcaire dur) : design d’intérieur, mobilier et créations artistiques. Le calcaire de Brač est très connu dans le monde de la pierre pour avoir été utilisé dans la construction du palais du Dioclétien à Split, la cathédrale de Šibenik, des parlements de Vienne et Budapest, et de la maison Blanche à Washington.

 

En ce moment, je réalise la sculpture d’un lion à taille réelle dans ce fameux calcaire « cueilli » sur l’île. Effectivement, les croates n’utilisent pas le verbe « exploiter » à propos de la pierre, mais « cueillir » un terme plus adéquat quand l’on respecte la matière que l’on travaille. Le rythme - 8h-10h15 et 10h45-13h- est relativement tranquille pour des jeunes issus des Compagnons du Devoir. Le reste du temps, à part 4 heures de cours de croate par semaine, est libre.

 

A mon arrivée sur l’île, tout était prévu. J’avais une chambre dans l’internat de l’école avec une vue imprenable sur la mer. Mais j’ai vite déchanté quand j’ai appris que le couvre-feu était à 22H car les étudiants ont entre 15 et 18 ans. J’ai donc trouvé un petit studio dans le village pour avoir un peu plus de liberté et de calme. Heureuse coïncidence, mon propriétaire, qui habite juste au-dessus de mon appartement, est sculpteur sur bois d’olivier (il fait aussi son huile d’olive).

 

Hors temps de travail, je lis, dessine et écris. Je fais de belles randonnées : ce bout de terre est idéal pour crapahuter et en prendre plein les yeux. C’est aussi propice pour m’exercer à la photographie. J’ai visité l’île dans son intégralité ainsi que quelques villes continentales dotées d’une riche architecture. L’huile d’olive étant une tradition ici, j’ai pu m’exercer aux côtés de la famille de mon propriétaire à la cueillette, rythmée par des chants dans le dialecte local. J’ai évidemment profité des joies de l’adriatique, le temps étant beau jusqu’à fin octobre. Lors de la visite des apprentis tailleurs de pierre deuxième année en mobilité, j’ai goûté le plaisir de retransmettre mes modestes connaissances et ma passion de la pierre. Je tiens à remercier Tourangeau Carré et Normand Laugier, Compagnons tailleurs de pierre et formateurs qui accompagnaient les apprentis et qui m’ont également formé pour le BP.

 

Le croate dont l’alphabet comporte 30 lettres est une langue Slave aux prononciations assez étrangères à nos langues latines. J’échange principalement en anglais pour le moment avec les habitants, professeurs, et étudiants, mais j’apprends le croate avec une professeure très compétente et sympathique. J’espère repartir avec un niveau basique dans cette langue tout à fait intéressante et surprenante.

 

J’ai soif d’aventure et d’apprentissage, d’une part, par amour de mon métier et de la pierre et d’autre part, pour apprendre sur moi-même. En effet, je considère que la connaissance de l’Autre est vaine et futile si l’on ne se connaît pas personnellement. Arriver dans un pays inconnu avec une culture et une langue différentes, permet de se confronter et de se rencontrer. Cela peut faire peur, c’est aussi ce que j’ai essayé de surmonter. « La peur ne tue pas, mais elle empêche de vivre ».

 

Même si c’est difficile, j’ai la chance d’avoir la passion de notre métier, très utile quand il s’agit d’affronter les coups durs. Egalement la conscience de ma citoyenneté européenne, et même au-delà, le sentiment manichéen d’appartenir à une seule et même humanité et planète où tout est interdépendant aujourd’hui, à l’image d’un écosystème. Saisir l’opportunité d’être dans un pays et une union donnant les clefs à sa jeunesse pour ouvrir les portes qui l’intéressent. Construire avec l’autre une vision commune pour demain. C’est un mélange de tous ces sentiments qui m’ont donné envie de partir. « Le voyage forge la jeunesse » comme les anciens nous le disent souvent.

 

Ce qui me change de mon quotidien, c’est la vie insulaire dans un village d’à peine 700 habitants où tout le monde se connaît. La vie y est douce, on ne se presse pas et on stresse encore moins. Le rythme de travail est agréable et, je trouve, biologiquement plus humain. Au carrefour de la Méditerranée et de l’Europe centrale, la gastronomie locale respecte les saisons et les aliments (souvent sans pesticides ni conservateurs), le poisson et les fruits de mer sont aussi omniprésents dans les plats.

 

J’ai aussi un sentiment de totale sécurité ici, c’est peut-être dû au fait d’être coupé du continent et de vivre entre mer et montagne, encerclé par la végétation (olivier, vignes, arbres fruitiers, légumes…) et des construction en pierre. La population est bienveillante à mon égard et lorsque j’ai quitté ce paradis pour une semaine, en octobre, j’ai eu l’impression en revenant de rentrer chez moi. Je m’épanouis de plus en plus et n’ai pas peur d’être moi-même ici.

 

C’est tentant de ne jamais vouloir repartir et on ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve mais le confort ne m’intéresse pas, j’essaye (tant que je suis jeune) de me remettre en question en permanence : pour cette raison, je continuerai mon chemin. J’ai postulé pour intégrer la Fondation de Coubertin à mon retour en France. Je tiens donc à remercier les Compagnons du Devoir, particulièrement Bruno Zamour, responsable régional de formation à Bordeaux (et toute l’équipe du service international) sans qui tout ça n’aurait pas été possible. Egalement ce programme Erasmus + qui nous offre une opportunité de voyage et de formation exceptionnelle que je vous invite à découvrir. J’espère vous avoir donné, en toute humilité, l’envie de continuer votre voyage et de vous perfectionner autant professionnellement qu’humainement. J’aimerais citer cette déclaration d’un jeune et talentueux réalisateur de cinéma Québécois lors d’une remise de prix « En bref, je pense que tout est possible à qui : rêve, ose, travaille et n’abandonne jamais » (Xavier Dolan)."

Photo Slobodna Dalmacija

Photo Slobodna Dalmacija

Gravure

Gravure

Carrière

Carrière

Atelier Klesar

Atelier Klesar

Lion

Lion

Photo Slobodna Dalmacija
Gravure
Carrière
Atelier Klesar
Lion

lundi 24 juillet 2017

Matthieu, apprenti tailleur de pierre en Croatie - Ressenti et attentes avant le départ

Matthieu se forme au métier de tailleur de pierre chez Les Compagnons du Devoir. Il a pour objectif de se perfectionner, notamment en sculpture sur pierre, au sein du centre de formation professionnelle Klesarska Skola en Croatie.

 

Ressenti et attentes de Matthieu avant son départ en Croatie